La paresse et l’oubli

La Paresse et l’oubli

Quelques jours avant la rentrée des classes, Benjamin Ratel se glisse – à la façon d’un éclaireur qu’on enverrait en mission sur un front aux enjeux troubles – devant le lycée Saint-James, charmante prison où il est censé préparer le baccalauréat pendant l’année scolaire. Le bâtiment est hideux comme un rêve moderniste et fonctionnel qui aurait mal vieilli. La peinture bleu sale coule sur les façades, se mélange à de grosses taches blanches ; il y a des barreaux aux fenêtres, comme s’il fallait éviter que les élèves ne s’échappent ou ne se suicident. De hautes grilles surmontées de pics séparent le lycée de la rue : dans l’intervalle, dans cette zone tampon, l’administration bienveillante a installé un parking pour deux-roues, où les futurs camarades de Ratel peuvent à leur aise garer leurs scooters en hiver, leurs vélos tout-terrain au printemps. Par contraste, un grand parc ouvert au public se trouve derrière le lycée. Une grotte immense dans le style romain, de beaux jardins à la française, un petit pont bucolique – où les élèves vivent sans doute leurs premiers émois érotiques –, un bâtiment somptueux (un logement de fonction, suppose-t-il) et des terrains de sport complètent ce tableau un peu surprenant à son goût.

L’arrivée d’un jeune Normand, Benjamin Ratel, dans une banlieue parisienne cossue. C’est l’année du bac, mais il y a tellement de choses à faire, tellement de choses plus importantes dans la vie d’un adolescent pour qui tout a le goût de la première fois.

Avec quelques amis tout juste rencontrés, ils veulent changer le monde, se perdent dans des projets qu’ils savent qu’ils ne réaliseront jamais : ils envisagent sans trop y croire de bloquer les Champs-Elysées, de créer des revues littéraires, ils écoutent de la musique, fument des joints et font quelques voyages qui ne forment pas leur jeunesse.

Un roman d’initiation ? Oui, bien sûr – mais désenchanté. Le personnage n’apprend pas à vivre ses rêves, il découvre que l’obstination conduit à la perte. Que petit à petit, tout le monde finit par rentrer dans le rang.

Son père disparaît mystérieusement, sans laisser de trace. Ses amis partent travailler à l’usine, partent faire des études. Ratel contemple tout cela, hébété, sans rien comprendre – ni ce qui se passe, ni ce qu’il est censé faire.

Au bout du chemin, que restera-t-il de cette quête éperdue ? Cette errance le mènera à Berlin dans l’atelier d’un photographe manipulateur ; il fera une vague tentative de suicide dans un jardin pour enfant de Berlin Est avant de manquer de mourir dans l’incendie de son auberge de jeunesse, puis il finira dans les rues du 20e arrondissement, quasi clochard, dormant dans la rue, beuglant du Leonard Cohen pour qui veut bien l’entendre. Il reste l’espoir d’un geste désespéré. Peut-être.

Pour en savoir plus

Le roman est sorti en janvier 2010 aux éditions Gallimard. J’ai eu la chance d’avoir des lecteurs sensibles dans la presse et de participer à de nombreux salons (Trouville, Draveil, Vendôme, Cluny, Paris, etc.) et prix littéraires (prix Renaudot, prix Prince Pierre de Monaco, prix de la Vocation Lagardère).

On trouvera sur le site différents articles qui parlent du roman et de son univers. Je me suis aussi amusé à établir une carte du roman, à mettre quelques liens vers la musique qu’écoutent les personnages, etc.